Le marché des chaînes progresse, porté par le fast-food et les ouvertures de restaurants. Mais la fréquentation reste sous son niveau d'avant-Covid, et la salle se vide.
La restauration chaînée a généré 25,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France en 2025, selon la Revue Chaînes du cabinet Food Service Vision, en hausse de 3 % sur un an et de 35 % depuis 2019. Le chiffre est flatteur, mais il masque un paradoxe : les Français ne mangent pas davantage au restaurant. Leur fréquentation reste inférieure de 8 % à son niveau d'avant-Covid, d'après l'institut Circana. La croissance ne vient donc pas d'un afflux de clients, mais de la hausse des prix et de l'ouverture continue de nouveaux établissements.
La restauration rapide concentre les deux tiers du chiffre d'affaires des chaînes. Dans le détail, le hamburger pèse à lui seul 9,2 milliards d'euros, loin devant la boulangerie en réseau (3,3 milliards), la boulangerie-snack (1,4 milliard), le poulet frit (1,2 milliard) et le grill (1 milliard). À eux seuls, les cinq premiers segments représentent près des deux tiers du marché. La concentration est massive.
Surtout, la croissance se lit dans les ouvertures. Sur les 786 inaugurations nettes recensées en 2024, 739 sont à mettre au compte du fast-food. Le marché grandit en surface, pas en fréquentation : on ouvre des restaurants plus vite que les clients ne reviennent.
Le contraste avec la restauration à table est saisissant. Depuis 2019, cette dernière a perdu 22 % de ses visites, quand son chiffre d'affaires ne progresse que de 8 %, contre 33 % pour la rapide. Même le fast-food se dégarnit en salle : son taux de remplissage est tombé de 94 à 84 % en un an, selon l'observatoire Fiducial.
En cause, un consommateur qui serre les dépenses. Son budget hebdomadaire consacré à la restauration hors domicile est repassé sous les 37 euros, et quatre Français sur dix disent limiter leurs sorties au restaurant pour des raisons de pouvoir d'achat. Une partie de cette demande file ailleurs : la part des repas pris hors domicile achetés en grande distribution est passée de 7,2 % en 2019 à 8,8 % en 2025.
Au sommet, les équilibres bougent. McDonald's, leader incontesté avec 6,1 milliards d'euros, recule pour la première fois depuis des années, de 2 %. Il conserve 63 % du marché du hamburger, mais Burger King, avec 22 % de part, 2 milliards d'euros et une croissance de 5 %, grignote du terrain, tout comme KFC et un Quick en pleine reconquête.
Dans le même temps, les enseignes américaines accélèrent leur arrivée. Popeyes alignait déjà 21 restaurants en 2025, Wingstop fait son entrée, Five Guys poursuit son maillage avec une trentaine d'adresses, et Dunkin réinvestit le marché. La France, l'un des terrains les plus disputés d'Europe, attire de nouveau les conquérants venus d'outre-Atlantique.
Le marché entre dans une phase d'industrialisation. Les groupes multi-marques rachètent les petits réseaux, à l'image de BChef avec Les Burgers de Papa, ou de Bao Family qui s'unit à Street Bangkok pour former Asian Club. Le capital-investissement s'invite aussi, comme le fonds Tawila qui ramène Fatburger en France. La franchise, elle, n'a jamais été aussi dynamique : selon la Fédération française de la franchise, la restauration rapide franchisée dépasse 11 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en progression de 9,3 % sur un an.
« Nous sommes entrés dans une ère d'industrie de la restauration », résume François Blouin, président de Food Service Vision. La formule dit tout : la puissance financière, la capacité à ouvrir vite et à investir dans la durée deviennent les facteurs clés. Pendant que les enseignes se livrent cette bataille de territoire, le consommateur, lui, arbitre son budget entre fast-food, livraison et rayons traiteur des supermarchés. La croissance est bien là, mais elle se gagne désormais davantage dans les plans d'expansion que dans l'assiette.