33 897 restaurants dans le monde, une année record d'ouvertures et un bénéfice qui en fait la première division de Yum! Brands : KFC ne ralentit pas. En France, l'enseigne au Colonel a franchi les 400 restaurants fin 2025, s'est hissée au troisième rang du fast-food par le chiffre d'affaires et mise désormais sur le poulet français, le numérique et le halal. Récit d'une conquête.
Fin 2025, KFC exploitait 33 897 restaurants dans le monde, présents dans plus de cent cinquante pays, pour des ventes système de 36,4 milliards de dollars. En France, l'enseigne au Colonel a franchi le cap des 400 restaurants en décembre 2025, est devenue la troisième chaîne de restauration rapide du pays par le chiffre d'affaires, et continue d'ouvrir à un rythme soutenu. Décryptage d'une enseigne qui ne ralentit pas.
Les chiffres de 2025 disent une mécanique en pleine forme. Selon le communiqué annuel de Yum! Brands, sa maison mère, la division KFC comptait 33 897 restaurants fin 2025, contre 31 981 un an plus tôt, soit une croissance du parc de 6 %. L'enseigne a réalisé une année record de développement, avec près de trois mille ouvertures brutes, précisément 2 986, dans cent cinq pays, pour des ventes système de 36,4 milliards de dollars et un résultat opérationnel de 1,5 milliard, en hausse de 10 %. À elle seule, KFC pèse environ la moitié du résultat opérationnel des divisions de Yum!, qui réunit aussi Taco Bell et Pizza Hut. Le groupe en a tiré les conséquences : en juin 2026, il a annoncé la cession de Pizza Hut pour 2,7 milliards de dollars afin de se recentrer sur ses enseignes les plus dynamiques, KFC en tête.
Le centre de gravité de la marque, lui, n'est plus américain. La Chine représente à elle seule 27 % des ventes système mondiales, loin devant les États-Unis et leurs 13 %, avec environ treize mille restaurants exploités par Yum China. C'est l'international qui tire la croissance : alors que les ventes américaines reculaient légèrement en 2025, les marchés hors États-Unis progressaient nettement, de l'Amérique latine à l'Asie en passant par le Royaume-Uni.
Le premier KFC français ouvre en 1991, dans un centre commercial de Villiers-en-Bière, en Seine-et-Marne. Il faudra attendre 2016 pour le deux-centième restaurant, mais le réseau a depuis doublé en moins de dix ans : le quatre-centième a été inauguré le 16 décembre 2025 à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, environ trente-cinq ans après l'arrivée de l'enseigne.
Cette accélération paie. D'après la presse spécialisée, dont Snacking.fr et l'Observatoire de la Franchise, le chiffre d'affaires du réseau français a atteint 885 millions d'euros en 2024, en hausse de près de 4 % sur un an et d'environ 38 % depuis 2021. KFC se classe ainsi troisième de la restauration rapide en France par le chiffre d'affaires, derrière McDonald's, autour de six milliards d'euros, et Burger King, autour de deux milliards. Le ticket moyen tourne autour de 18,50 euros, pour environ deux convives par commande.
Le moteur de cette croissance, c'est la franchise. Le réseau français, longtemps détenu à 100 % par des franchisés, en réunissait environ cinquante-six début 2025, la plupart à la tête de plusieurs restaurants. L'enseigne revendique plus de cent ouvertures depuis 2022, un record de quarante restaurants sur la seule année 2023, et emploie environ seize mille personnes, chaque ouverture générant une quarantaine d'emplois. Pour aller plus vite, KFC France a lancé en 2025 un modèle de location-gérance, où l'enseigne porte une partie de l'investissement avant que le gérant puisse devenir franchisé propriétaire. « Fini le 100 % franchise », résume le directeur du développement Nicolas Gabriel, la cible affichée à terme étant de 850 restaurants.
Pour ancrer cette expansion, l'enseigne a misé sur le poulet français : la part d'origine France est passée d'environ 20 % en 2021 à près de 50 % en 2024, selon KFC, avec quelque six cents éleveurs partenaires, les filets des burgers et des wraps comme les hot wings étant présentés comme 100 % d'origine France.
Derrière le comptoir, le digital fait le gros du travail. En France, selon les résultats communiqués pour 2023, 77 % des transactions passaient déjà par des canaux numériques, bornes, application, web et drive confondus, avec un objectif affiché de 100 %. À l'échelle mondiale, les ventes digitales de KFC ont progressé de 16 % en 2024, dépassant pour la première fois la moitié des ventes, puis encore de 20 % hors Chine en 2025, portées par le déploiement des bornes.
Début 2026, KFC France a engagé un tournant remarqué. Depuis le 21 janvier 2026, vingt-quatre restaurants sont passés au poulet 100 % halal certifié, soit un peu moins de 6 % du réseau au lancement, dans des zones urbaines à forte demande. L'enseigne justifie ce choix par « une demande croissante d'une partie des consommateurs ». Selon L'Express Franchise, une deuxième vague à partir d'avril 2026 a porté ce total à environ un quart du réseau au milieu de l'année, un seuil que l'enseigne dit ne pas vouloir dépasser, chaque franchisé restant libre d'adapter son menu à la demande locale.
KFC surfe sur une lame de fond. D'après le cabinet Strateg'eat, relayé par LSA, le segment des enseignes spécialisées dans le poulet est passé de sept acteurs en 2019 à seize en 2025, pour un chiffre d'affaires quasiment doublé, d'environ 670 millions à 1,3 milliard d'euros, la volaille étant devenue en 2024 la viande préférée des Français. La concurrence s'organise, à l'image de l'américain Popeyes, arrivé en France en 2021 et qui vise plusieurs centaines d'unités d'ici le début de la prochaine décennie, mais KFC conserve une nette longueur d'avance avec ses quatre cents restaurants.
L'enseigne s'appuie aussi sur une marque puissante. L'exemple le plus cité reste sa réponse à la pénurie de poulet qui, en 2018, l'a forcée à fermer temporairement des centaines de restaurants au Royaume-Uni : une pleine page de presse montrant un seau vide dont les lettres KFC étaient réarrangées en « FCK », accompagnée d'excuses, saluée par quatre récompenses au festival de Cannes. En France, l'enseigne multiplie éditions limitées et collaborations : selon Républik Retail, le burger Delamama, né d'une collaboration avec le vidéaste Mister V, s'est écoulé à 1,2 million d'exemplaires en quatre semaines en 2024.
Le 15 juin 2026, KFC a dévoilé à l'échelle mondiale ce qu'elle présente comme son « prochain chapitre » : nouveaux menus, refonte du design des restaurants, nouveau seau et imagerie rafraîchie, avec un pari assumé sur le poulet sans os et de nouvelles gammes de sauces et de boissons. « Ce nouveau chapitre apporte une énergie nouvelle à ce qui nous rend iconiques, tout en misant encore plus sur notre poulet », résume Scott Mezvinsky, directeur général de KFC dans le monde. Trente-cinq ans après son arrivée en France, la marque continue d'avancer au même rythme : une ouverture après l'autre.