De 107 restaurants sauvés du démantèlement à un réseau de près de 190 adresses qui vise les 300 et lorgne l'Europe : 515 millions d'euros en 2024, un cap à 600 millions pour 2025, et une marque qui surfe désormais sur la vague du crousty. Récit d'une reconquête.
Quick a réalisé 515 millions d'euros de chiffre d'affaires en France en 2024, en hausse de 25 %, et visait 600 millions pour 2025. Avec près de 190 restaurants aujourd'hui, un objectif de 300 en 2028 et 65 millions de clients par an, la doyenne des chaînes de hamburgers signe l'un des retours les plus spectaculaires de la restauration rapide française.
Née en Belgique en 1971, Quick ouvre son premier restaurant français en 1980 à Aix-en-Provence. Pendant deux décennies, elle reste le seul véritable rival de McDonald's dans l'Hexagone, avec un parc qui approche les 400 établissements. En décembre 2015, le Groupe Bertrand, propriétaire de Burger King France, rachète l'enseigne et entreprend de convertir ses restaurants en Burger King. Près de 300 le sont entre 2016 et 2019. La marque Quick, réduite à une centaine d'adresses, semble alors promise à l'extinction.
Le tournant vient en août 2021, quand le fonds d'investissement américain H.I.G. Capital rachète les 107 restaurants Quick restants pour environ 240 millions d'euros. Sous la direction de Frédéric Levacher, l'enseigne accélère : 4 ouvertures en 2021, 9 en 2022, 18 en 2023, puis 30 en 2024. Le chiffre d'affaires double en trois ans, à 515 millions d'euros en France, et l'enseigne visait 600 millions dès 2025. Le réseau, franchisé à près de 90 %, compte aujourd'hui près de 190 restaurants en France et 280 dans le monde, avec la Belgique, le Luxembourg et le Maroc, pour 800 millions d'euros de chiffre d'affaires mondial.
La reconquête s'appuie d'abord sur le capital affectif de la marque. Le Giant, burger emblématique créé il y a plus de quarante-cinq ans, pèse encore 40 % des ventes : une promotion de février 2026 en a écoulé trois millions en un mois. Quick a aussi prolongé la marque en grande surface, avec un accord pour vendre sa sauce Giant via Lesieur. Surtout, l'enseigne entretient le trafic à coups de nouveautés, une vingtaine de recettes par an, et de partenariats : le TP Burger avec Tony Parker, écoulé à 750 000 exemplaires en cinq semaines, puis le ClassiQ burger porté par le rappeur Soprano en 2026. Les prix, eux, n'ont pas bougé depuis fin 2023.
En 2026, l'enseigne s'attaque à la tendance du moment. Elle lance les Qrousty Bowls et les Qrousty Burgers, sa version du crousty, ce mélange de riz, de poulet pané et de sauce popularisé par des marques comme Tasty Crousty. Le calcul est assumé : selon une étude OpinionWay d'avril 2026 citée par l'enseigne, 60 % des Français seraient attirés par ces produits croustillants et généreux, une proportion qui grimpe à 73 % chez les 25-35 ans. De quoi viser une clientèle jeune, là où se jouent les batailles d'image de la restauration rapide.
Forte de cette dynamique, Quick prépare la suite. L'enseigne prévoit plus de trente ouvertures en 2026, vise 300 restaurants en France en 2028 et annonce la création de 1 500 emplois en CDI. Son modèle reste équilibré entre la salle, qui pèse 43 % des ventes, et le drive, 26 %, loin d'une dépendance à la livraison. « Nous étudions plusieurs options de développement en Europe » dans les vingt-quatre mois, indique Frédéric Levacher. Après la France, c'est à l'échelle du continent que la doyenne du burger veut désormais écrire la suite de sa reconquête.
Longtemps réduite à un souvenir d'enfance, Quick s'est refait une place dans le paysage. De 107 restaurants sauvés du démantèlement à un réseau qui vise les 300 et lorgne l'Europe, le pari de la reconquête est, pour l'instant, tenu.