mercredi 24 juin 2026 DringActualitésgetdring
Livraison

Livraison de repas : un marché à 7 milliards d'euros désormais aux mains de deux géants

En un an, Just Eat a quitté la France et Deliveroo est passé sous pavillon américain. Devenue incontournable pour les restaurants, la livraison se resserre autour d'un duopole.

La livraison de repas à domicile pèse environ 7 milliards d'euros en France, selon le cabinet Food Service Vision. Un canal devenu incontournable pour les restaurants, qui peut représenter jusqu'à 19 % du chiffre d'affaires de la restauration commerciale, contre 15 % en 2020. Mais en l'espace d'un an, ce marché a connu une recomposition brutale, et il ne reste désormais que deux acteurs face aux restaurateurs.

7 Md€
Marché de la livraison en France en 2024
3,9 Md$
Rachat de Deliveroo par DoorDash
-22,7 %
Revenu réel des livreurs entre 2021 et 2024

Un marché qui grandit par la valeur, pas par le volume

La livraison s'est installée dans les habitudes. Près de neuf restaurants indépendants sur dix y recourent via une plateforme. La filiale française d'Uber Eats a ainsi déclaré 1,42 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2024, en hausse de près de 11 % sur un an, selon ses comptes sociaux. Mais le marché arrive à maturité. D'après le baromètre CDLK, qui s'appuie sur des centaines de milliers de transactions bancaires, le panier moyen a atteint 23,83 euros en 2024, en hausse de 6,7 % sur un an, tandis que le nombre de clients uniques a reculé de 1,9 %. Autrement dit, on commande plus cher, mais on n'est pas plus nombreux à commander.

La fin du troisième acteur

Le tournant tient en deux temps. D'abord, Just Eat a cessé son activité en France le 9 décembre 2024, faute d'avoir atteint une taille critique face à ses deux rivaux, dont il ne représentait que 6 % du marché. Sa filiale de logistique a été liquidée, avec une centaine d'emplois supprimés à Paris. Dans le même mouvement, les spécialistes de la livraison ultrarapide Getir et Gorillas ont été placés en liquidation à l'automne 2024. Leur modèle de courses en quelques minutes, déjà fragilisé financièrement, a été achevé par une décision réglementaire reclassant les entrepôts urbains, ouvrant la voie à des restrictions municipales.

Deliveroo passe sous pavillon américain

Le second temps est venu d'outre-Atlantique. L'américain DoorDash a racheté Deliveroo pour 3,9 milliards de dollars, opération annoncée en mai 2025 et finalisée en octobre. L'ensemble combiné revendique 50 millions d'utilisateurs actifs dans 40 pays. Le marché français se retrouve désormais structuré par un duopole : Uber Eats d'un côté, Deliveroo adossé à DoorDash de l'autre. À l'échelle du groupe, Deliveroo a traité 296 millions de commandes en 2024, signe de la masse que représentent désormais ces plateformes.

Rentabilité d'un côté, pression de l'autre

Pour les plateformes, l'équation s'améliore. Deliveroo a annoncé son tout premier bénéfice annuel sur l'exercice 2024, obtenu surtout par une réduction de ses coûts. Mais pour les autres maillons de la chaîne, la note reste lourde. Les commissions prélevées sur les restaurateurs s'échelonnent entre 25 et 35 % du montant de la commande, si bien que sur une commande à 25 euros, le restaurant ne récupère qu'une quinzaine d'euros, contre plus de 24 en vente directe. Du côté des livreurs, l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi a calculé une baisse de leur revenu réel de 22,7 % entre 2021 et 2024, pour des courses qui durent plus longtemps.

Fidéliser à tout prix, sous la menace réglementaire

Pour défendre leurs marges, les plateformes verrouillent leur clientèle. Uber Eats pousse son abonnement Uber One, qui offre les frais de livraison pour quelques euros par mois, et étend son application aux courses alimentaires, avec des milliers de commerces partenaires couvrant une large partie de la population. L'objectif est clair : transformer une commande ponctuelle en habitude.

Une inconnue plane toutefois sur tout l'édifice. La directive européenne sur les travailleurs des plateformes, adoptée définitivement en octobre 2024, instaure une présomption de salariat lorsque la plateforme contrôle les conditions de travail. Sa transposition en France est attendue d'ici 2026, et une requalification massive des livreurs en salariés ferait exploser les coûts du modèle. La livraison s'est rendue indispensable aux restaurants, mais son équilibre, lui, reste suspendu à une décision politique.

SourceSources croisées : ARPE, Food Service Vision, rapports Deliveroo et DoorDash, CDLK, comptes sociaux
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